Tech Food #2

Bonjour,

Akwaba to this week’s Tech Food.

Ces deux dernières semaines, je réfléchis beaucoup au principe de communauté.

Je me rappelle encore de ma joie lorsqu’en 2007-2008 mes parents ont eu la gentillesse d’installer internet à la maison. C’était les débuts de MSN, Facebook et Twitter. Pour la première fois, le monde entier s’ouvrait à moi. Internet est une ressource infinie de connaissances, avec des milliards de pages sur chaque sujet imaginable. Mais je n’étais qu’une adolescente et loin de passer mes journées sur Wikipédia tout ce qui m’intéressait était de pouvoir me connecter avec mes amis. Grâce à internet, j’ai découvert sur twitter que la fille populaire de mon lycée partageait les mêmes préoccupations que moi, j’ai débattu sur des forums à propos d’Harry Potter et j’ai découvert de nouveaux romans grâce à des listes de recommandations.

Lorsqu’une décennie plus tard j’ai commencé à m’intéresser à l’univers des start-ups, quelle ne fut ma joie la première fois que je suis tombé sur Product Hunt ! Tous les jours, je m’y rendais afin de découvrir de nouveaux produits et je pouvais directement discuter avec les développeurs afin de mieux comprendre leurs processus de créations. Et en dehors de Product hunt, je sais que je peux me tourner vers reddit, quora, ou la communauté de github si j’ai des questions de programmation, sur les startups ou si je veux juste gossiper sur Amazon.

Mais lorsque je veux parler de startups africaines, de l’actualité Tech, et des conditions spécifiques qui font que bons nombres de conseils que l’on retrouve sur le Web ne peuvent s’appliquer à une start-up opérant sur notre continent où est-ce que je peux aller ? Il existe une fracture impressionnante entre l’Afrique de l’Ouest, de l’Est et du Sud. Il y a un manque de communication entre les membres de l’écosystème africain. J’aimerais savoir où je peux aller si je veux échanger avec une start-up en agritech opérant au Kenya. Comment savoir qui fait quoi, qui travaille sur quoi, qui est où, quoi où est ?

Chaque projet commence par une inspiration, en partageant nos idées et en travaillant ensemble afin de résoudre des challenges que nous partageons, nous encourageons les autres à se joindre à nous, et à innover de leurs côtés afin de résoudre des problèmes plus grands que notre simple existence.

Donc parfois je m’assois et je réfléchis. Comment pouvons-nous remédier à ce problème de communication ?

Est-ce qu’une solution pourrait être de créer une place en ligne pour nous permettre d’échanger des idées, afin de satisfaire la curiosité intellectuelle – ou plus en particulier, la curiosité intellectuelle des entrepreneurs Tech africains qui sont intéressés par tout ? Cette place pourrait inclure tout ce qui est en lien avec l’informatique et les startups, mais aussi bien d’autres choses: la science, l’art, la littérature, l’histoire. Mais n’est-ce pas une hérésie de vouloir créer un “ghetto africain” sur internet en 2018 alors que rien ne nous empêche d’ouvrir des forums sur des plateformes déjà existantes ? Je ne sais pas quelle est la réponse. Je réfléchis. Si vous avez des idées, n’hésitez pas à m’écrire en privé afin qu’on en discute.

En attendant, je tenais à applaudir le groupe VC4A (Venture Capital 4 Africa) pour leur start-up academy. La start-up academy est un ensemble de cours en ligne destinés aux start-ups africaines. Les cours ont été faits à partir des conseils de 35 experts actifs dans l’écosystème émergeant des start-ups africaines. Ils offrent présentement trois modules : démarrez votre entreprise, développez votre entreprise et  financer votre entreprise. Et cerise sur le gâteau, les cours sont traduits en français, anglais, arabe et somalien.

 


Ce que je lis/regarde :

+ The Everything Store: Jeff Bezos and the Age of Amazon(1) — Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, a accordé cette semaine une interview d’une heure à “The Economic Club Of Washington” sur la chaîne CNBC et qui, heureusement pour nous, était retransmis en direct sur YouTube. J’avais lu “The everything store” au début de cette année, et l’avait trouvé très intéressant.  Si vous souhaitez mieux comprendre comment Amazon a réussi à devenir l’une des rares compagnies ayant une capitalisation boursière de 1 billion de dollars ou simplement mieux comprendre la philosophie entrepreneuriale de Jeff Bezos, je vous le conseille fortement.

Mais en attendant de vous plongez dans ce livre, vous pouvez commencer par regarder l’interview sortie cette semaine qui reprend certains points abordés dans le livre, comme entre autres, la raison pour laquelle Amazon a commencé par vendre des livres et pourquoi ils se décrivent comme une compagnie “customers-centric”. Mais en plus de cela, au cours de cette interview Jeff Bezos partage avec nous sa vision du future, de la colonisation de Mars, et ses  projets philanthropiques.

Interview à regarder ici.


Découverte de la semaine :

Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de trouver ça pénible de naviguer dans l’historique de vos opérations Orange Money ? Si oui, alors je vous invite à jeter un coup d’oeil à l’application Kobiri.

Il y a un an Souleymane Sidibe, un jeune sénégalais, était exaspéré par le système USSD proposé par Orange qui ne lui permettait pas de pouvoir retracer plus de 5 opérations (voir photo ci-dessous). Après avoir exprimé sa frustration sur Twitter il s’est rendu compte qu’il n’était pas le seul dans ce cas. Pour le fun, je cite, il a décidé de travailler à résoudre ce problème. Après plusieurs tests, il a dévoilé il y a quelques jours l’application Kobiri qui va plus loin qu’une application Orange Money (voir la deuxième photo ci-dessous).

Capture d’écran 2018-09-15 à 11.20.00.png
Solution proposée par Orange Money
Capture d’écran 2018-09-15 à 11.17.09.png
Solution proposée par Kolibri

 

L’application est présentement disponible sur l’app store uniquement pour Android, mais on espère que la version iOS ne saurait tarder. Il recherche visiblement à entrer en contact avec Orange Sénégal. Si vous avez des connexions, n’hésitez pas à le contacter.


Réflexion pour ce week-end :

Cette semaine le blog du disrupteur, un site dédié à la communication, au marketing, à l’entrepreneuriat et aux start-ups africaines à publier une étude de cas sur la start-up Kusoma Group.

Lorsque j’ai tout d’abord vu l’article, j’ai été ravie de voir que des personnes se mobilisent afin d’effectuer des analyses profondes sur des start-ups africaines. L’article est argumenté, et les thèmes techniques utilisés sont explicités. En toute honnêteté, l’article est instructif. Il soulève des points pertinents même si certaines conclusions sont, à mon avis, tirées assez hâtivement.  Par contre, au cours de ma lecture j’ai trouvé le style de l’auteur pour le moins particulier. Plutôt que d’être présenté comme une simple étude de cas, le titre de l’article est “Pourquoi Kusoma Group est en train d’échouer”, et le ton de l’article continue de descendre dans ce sens.

L’écosystème des start-ups africaines est encore très jeune, en plein développement et très petit. Plus qu’autre chose, nous nous devons d’être honnêtes et supportifs les uns envers les autres. Si les faits importent, le choix des mots n’est pas à négliger.

Pour illustrer ma réflexion de ce week-end, je souhaite clôre cet article par un extrait de “The Everything Store” dans lequel Jeff Bezos partage avec nous une précieuse leçon que son grand-père lui a enseignée. 

Bezos’s grandparents taught him a lesson in compassion … On a road trip, when Bezos was ten and passing time in the back seat of the car, he took some mortality statistics he had heard on an antismoking public service announcement and calculated that his grandmother’s smoking habit would take nine years off her life. When he poked his head into the front seat to matter-of-factly inform her of this, she burst into tears, and Pop Gise pulled over and stopped the car.

Bezos décrit ensuite ce qui s’est passé dans son discours à Princeton:

He got out of the car and came around and opened my door and waited for me to follow. Was I in trouble? My grandfather was a highly intelligent, quiet man. He had never said a harsh world to me, and maybe this was to be the first time? Or maybe he would ask that I get back in the car and apologize to my grandmother. I had no experience in this realm with my grandparents and no way to gauge what the consequences might be. We stopped beside the trailer. My grandfather looked at me, and after a bit of silence, he gently and calmly said, “Jeff, one day you’ll understand that it’s harder to be kind than clever.

Bonne semaine à tous et à toutes,

Kiyani


(1) En cliquant sur le lien, vous pouvez obtenir le pdf du livre, gratuitement. Mais je vous conseille tout de même d’acheter le livre si vous trouvez les premiers chapitres intéressants. Sinon, ça devient de la piraterie.

Crédit : Merci à Cassa et Mykaïl pour m’avoir relu.

Photo de couverture by Gades Photography on Unsplash.

 

Tech Food #1

Bonjour,

Akwaba to this week’s Tech Food.

Cette semaine a été riche en bonnes nouvelles pour l’écosystème Tech africain. En effet, trois start-ups opérant dans la Fintech ont chacune reçu des investissements de plus de $8M d’importants fonds d’investissement internationaux. Certaines voix se sont levées afin de dénoncer le fait qu’une fois de plus, les start-ups fondées par des Africains expatriés ont plus facilement accès aux financements externes que celles fondées par des locaux. Leurs observations sont fondées. C’est vrai qu’il est naturellement plus facile pour des investisseurs de faire confiance à des founders qui ont un background proche du leurs. Fait est qu’investir dans une start-up en lancement est un investissement à haut risque, en particulier dans des pays en développant où les entrepreneurs doivent faire face à des problèmes hors de leurs contrôles — comme l’instabilité politique pour n’en citer qu’un. Pour cela, les investisseurs doivent apporter plus d’importance sur les compétences de l’équipe et pour cela ils vont chercher tout signe de succès dans votre parcours ; votre GPA, les universités fréquentées, projets réalisés, compétitions remportées et se renseigné auprès de leurs entourages sur vous. Et naturellement, ils accorderont plus de poids à une personne ayant fait Harvard ou Stanford que l’INPHB qui bien qu’étant reconnu comme une excellente école en Côte d’Ivoire ne l’est pas à l’international.

Cette inégalité ne pourra être comblée que si nous arrivons à créer de plus fortes compagnies. Plus nous aurons des startups générants des revenus, plus les investisseurs auront confiance en nos Tech hubs et plus ils investisseront dans les compagnies “locales” et non “non locales”. Le fait qu’une compagnie arrive à attirer de gros investisseurs dans nos pays revient à ouvrir une porte pour plus d’investissement, mais surtout à encourager les investisseurs locaux à se lancer dans l’arène qui seront meilleurs à évaluer les compétences des entrepreneurs locaux.

Nous nous devons donc de nous supporter et encourager les uns les autres. Lorsqu’une start-up arrive à fermer une série A ou B c’est une victoire pour tous.

Félicitation donc aux équipes de Paystack pour leurs levés de $8M, à Paga pour leurs $10M et enfin à Yoco pour leurs $16M !


Ce que je lis :

Start-Up nation : The Story’s of Israel’s Economic Miracle — Recommandé par Monsieur Strive Masiyiwa ce livre est sans doute un de mes business book préféré de cette année. On y apprend beaucoup sur l’ascension d’Israël, une petite nation – ils ne sont pas plus de 10 millions d’habitants – de 70 ans qui est aujourd’hui devenue l’un des meilleurs Tech Hub au monde. Loin des clichés que l’on peut avoir sur le peuple juif, l’auteur nous explique qu’Israël représente la plus grande concentration d’innovation et d’entrepreneuriat dans le monde aujourd’hui. Ce livre tente d’expliquer ce phénomène. Vous allez rire face au culot des entrepreneurs israéliens, réfléchir face à leur culture antihiérachirque et apprendre tout au long comment ils réussissent à se faire reconnaître sur la scène internationale malgré les conditions sociopolitiques qui jouent contre eux.


Découverte de la semaine :

+ L’université virtuelle de Côte d’Ivoire  (UVCI)—  Plus tôt cette semaine les internautes ivoiriens s’indignaient face à un communiqué du ministère de l’Éducation. En effet, désormais selon les nouvelles modalités de passage en classe supérieure au primaire CP1, CE1 et CM1 et au secondaire, les élèves passent automatiquement en classe supérieure. Et en ce qui concerne les classes de CP2 et CE2, l’élève passe en classe supérieure si sa moyenne générale annuelle est supérieure ou égale à 8/20. En traduction, les élèves n’ayant pas acquis les connaissances sont quand même récompensés et accumuleront leurs lacunes classes après classe. Autre traduction, notre système éducatif encourage la médiocrité.

Dans les économies actuelles fondées sur la connaissance, l’accès à une éducation de qualité et les chances de développement sont les deux faces d’une même pièce. Je ne suis pas enseignante, mais j’aime à croire que je suis une personne relativement pragmatique. Je suis consciente qu’il est difficile de changer un système éducatif, surtout à cause des coûts financiers et structurels mais les populations ivoiriennes et africaines en général manque de compétences techniques. Je pense que les MOOCs sont une stratégie intéressante pour combler ces lacunes. J’étais donc agréablement surprise lorsqu’il y a quelques jours j’ai découvert l’université virtuelle de Côte d’Ivoire, une initiative mise en œuvre par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique qui vise au développement du numérique éducatif.  L’UVCI propose une licence informatique & science du numérique avec 6 spécialités et d’après leur site web, recense 6261 étudiants.

Je n’ai pas pu trouver beaucoup d’informations sur le programme en lui-même et ces coûts. Quels sont les frais de la licence ? Et combien de projets pratiques les étudiants doivent-ils remplir durant leurs parcours ?

En ce qui concerne les frais de scolarité, un modèle que je trouve personnellement intéressant est celui de la Lambda School qui forme les gens à devenir des ingénieurs logiciels sans coût initial. Au lieu de payer les frais de scolarité, les étudiants peuvent accepter de payer un pourcentage de leur revenu après leur emploi, et seulement s’ils gagnent plus de 50 000 dollars par an. Si vous ne trouvez pas d’emploi ou n’atteignez pas ce niveau de revenu, vous ne paierez jamais un centime. Et pour ce qui est de s’assurer de la qualité du MOOC et de l’employabilité des diplômés ont peut difficilement faire mieux que nos confrères nigérians de chez Andela qui forme des ingénieurs logiciels qui s’entraînent pendant trois mois à résoudre des cas réels en entreprises sur quatre fuseaux horaires différents. 

Quoiqu’il en soit l’UVCI est une belle initiative qui demande à être suivie de près avant de porter un jugement.


4 articles pour ce week-end :

1. The problem with simply growing more tech hubs in Africa— “We need to find a solution to the private sector getting involved in R&D to fuel innovation that then creates trust in startup companies for local funds to invest in them and create local wealth.”

2. South Africa, the most robust and developed Tech Hub on the continent — “South Africa has the most mature startup ecosystem in Africa, with a small but established venture capital industry, government investing in innovation for the past two decades, the oldest incubator in Africa (the Bandwidth Barn operated by the Cape Innovation and Technology Initiative (CITI) since 2000), and a growing pool of entrepreneurs and success stories.”

3. Purchasing Patterns in the Informal Economy — “When cash flow is irregular and not always unpredictable, both in amount and frequency, such as it is for the majority earning a living in the informal economy, buyer behavior is not quite the same as for mainstream consumers with access to credit cards and regular paychecks.”

4. Why Africa may be the secret to advancing human potential — “The Internet is the global equalizer. It has fundamentally changed how knowledge is shared and opportunities are accessed. With a connected device and a desire to learn, anyone can tap into the knowledge, experience and insights from the world’s greatest minds and communities, irrespective of where they are.”

Une citation à laquelle je pense — “Rendez le bien pour le bien et la justice pour le mal” — Confucius 

 


Crédits :

Farnam Street pour l’inspiration.

Merci à Mykaïl et Thierri pour m’avoir relu.

Photo de couverture by Goran Ivos on Unsplash