Agir à la hauteur de nos principes

” Souviens toi d’une chose. C’est bon d’avoir des principes, mais quand nos actions ne sont pas à la hauteur de nos paroles, on la boucle ” -Garami, The arms Peddler


Je suis en train d’achever ma lecture de Becoming Michelle Obama. Si j’écris ce court texte, c’est parce que l’un des passages m’a interpellé et je veux crystalliser ma réfléxion.

Tout le monde connaît Nelson Mandela, n’est-ce pas ? L’un des hommes africains qui a eu le plus d’impact au niveau social et politique de ces 50 dernières années ? Madiba, comme j’aime l’appeler, est-ce personnage un peu légendaire, qui grâce à une force peu commune a décidé d’aller en prison pour ses principes. Madiba a sacrifié 27 ans de sa vie, il n’a pas vu ces enfants, les enfants de ces enfants, et ces amis grandir et mourir. Pour la simple et unique raison qu’il croyait en un futur meilleur pour sa nation. Gars, c’est long 27 ans. C’est plus long que mon temps de séjour sur terre. Il y a 27 ans mon grand-frère venait de naitre. Vous pourriez me dire que je suis en train d’exagérer, il existe de nombreux prisonniers politiques et que Madiba n’est pas différent d’eux. Vous avez peut-être raison. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle Madiba est Madiba.

Lorsqu’il est sorti de ces 27 années de prison, il a décidé, pour le bien de son pays, de ne pas se venger envers ses opposants. Après plusieurs années de travail forcé, après avoir été humilié et subit la perte de nombreux proches, ses objectifs sont restés les mêmes. Mettre fin à la ségrégation et réunifier la nation arc-en-ciel. C’est ce qu’il a fait. Je ne dis pas que tous ces choix ont été justes, et qu’il est parfait. Je pointe juste les faits : il a mené un combat pour l’indépendance et la fin de la ségrégation en Afrique du sud, son combat l’a mené à faire 27 ans de prison, en sortant de prison il est devenu président et ne ce n’est pas vengé.

Mais même, tous ça n’explique pas pourquoi Madiba est Madiba.

J’avais lu il y a quelques années conversation avec moi-même, un recueil des lettres et discours de Mandela. Dans l’une de ces lettres, Madiba racontait comment plusieurs membres du gouvernement lui rendaient fréquemment visite. On lui proposait des deals. Si il renonçait à son combat, le gouvernement en place acceptait de le libérer et lui donnerait une place dans son ministère; tout ce qu’on lui demandait c’était de faire quelques compromis sur ses principes. Il ne l’a pas fait.

Madiba est madiba parce qu’il n’a jamais abandonné. C’est le principe de tout bon shonen. Tu as un héros qui se lance dans une quête incroyablement difficile, rassemble autour de lui une équipe loyale, et qui malgré toutes les difficultés ne laisse jamais tomber ces principes jusqu’à réussir. Madiba me fait vite fait penser à Naruto qui une fois devenu Hokage n’a pas puni les méchants, mais a décidé pour le bien de Konoha de pardonner les traîtres. Yep, I said it. C’est la formule classique.

Mandela nous a montré que le changement prend du temps, pas deux ans, pas cinq ans ou même une vie. Il était prêt à mourir pour ces principes, confiant que même s’il n’était plus là d’autres personnes étaient prêtes à continuer son combat. Le sommes-nous ?

Beaucoup de jeunes adultes de mon age demandent du changement. Nous travaillons chacun dans nos industries respectives dans ce sens. Mais comment allons-nous réagir si demain on nous propose de détourner les yeux face à une injustice pour un montant élevé ? Si pour avoir ce contrat qui nous permettrait de vraiment impacter positivement la vie de milliers de personnes nous devons payer sur le coté un politicien véreux ? Est-ce que la fin justifie les moyens pour vous ?

Je me demande parfois si nous arriverons à être meilleurs que nos aînés. Je l’espère. Et si jamais nous commençons à nous égarer, car l’homme est homme et l’erreur est humaine, j’espère que nous pourrons compter les uns sur les autres pour nous tenir responsables face à nos manques de paroles.

Pour revenir à ma citation de début d’article, je préfère les gens qui la boucle. Les grands parleurs ont tendances à vite m’agacer.

Photo by John-Paul Henry on Unsplash

Qu’est-ce qu’une start-up ?

Je souhaite profiter de ce début d’année pour revenir aux principes fondamentaux qui définissent une start-up. J’ai ressorti mes vieux classiques de ma bibliothéque et aux cours des prochaines semaines je tâcherai d’expliquer ces principes et, si possible, de les accompagner de travaux pratiques.

Commençons donc par quelques définitions afin de nous assurer que l’on parte du même pied.

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Une start-up est une organisation formée dans le but de rechercher un modèle d’affaire. Ce modèle doit répondre à deux règles :

  • Être reproductible/industriable
  • Être scalable, c’est à dire permettre une croissance exponentielle

L’aspect le plus important d’une start-up est sa croissance. Une startup est une entreprise conçue pour se développer rapidement. Être nouvellement fondé ne fait pas en soi d’une entreprise une start-up. Il n’est pas non plus nécessaire pour une start-up de travailler dans les technologies, de prendre un financement à risque, ou d’avoir une sorte de “sortie” (c’est à dire être racheté au prix fort ou entré en bourse, on dit alors que la start-up fait une IPO ou être racheté au prix fort).

La seule chose essentielle est la croissance.

Pour mieux comprendre ces deux concepts, j’ai créé un petit jeu que je nomme “start-up ou pas start-up”:


Merci à Thierri, Roxane et Maria pour avoir relu mes brouillons.

Lettre de Amadou Hampâté Ba à la jeunesse

Monsieur Hampâté Ba est l’un de mes auteurs préférés. Tant par la sagesse de ses mots, la grâce de sa plume, la noblesse des causes qu’il a défendues ou encore l’humilité de l’homme que l’on ressent dans ses textes.

À la fois poète, ethnologue, conteur et ambassadeur, ce « diplômé de la grande université de la Parole enseignée à l’ombre des baobabs » a toujours mis un point d’honneur à dialoguer avec les jeunes du continent [1].

Je tenais donc à partager avec vous cette lettre écrite par celui que l’on appelle le sage de Bandiagara et que je me plais à considérer comme mon maître. La lettre est aussi pertinente aujourd’hui que lors de sa première apparition en 1985.

Mes chers cadets,

Celui qui vous parle est l’un des premiers nés du vingtième siècle. Il a donc vécu bien longtemps et, comme vous l’imaginez, vu et entendu beaucoup de choses de par le vaste monde. Il ne prétend pas pour autant être un maître en quoi que ce soit. Avant tout, il s’est voulu un éternel chercheur, un éternel élève, et aujourd’hui encore sa soif d’apprendre est aussi vive qu’aux premiers jours.

Il a commencé par chercher en lui-même, se donnant beaucoup de peine pour se découvrir et bien se connaître, afin de pouvoir ensuite se reconnaître en son prochain et l’aimer en conséquence. Il souhaiterait que chacun de vous en fasse autant.

Après cette quête difficile, il entreprit de nombreux voyages à travers le monde : Afrique, Proche-Orient, Europe, Amérique. En élève sans complexes ni préjugés, il sollicita l’enseignement de tous les maîtres et de tous les sages qu’il lui fut donné de rencontrer. Il se mit docilement à leur écoute. Il enregistra fidèlement leurs dires et analysa objectivement leurs leçons, afin de bien comprendre les différents aspects de leurs cultures et, par là même, les raisons de leur comportement. Bref, il s’efforça toujours de comprendre les hommes, car le grand problème de la vie, c’est la MUTUELLE COMPRÉHENSION.

Certes, qu’il s’agisse des individus, des nations, des races ou des cultures, nous sommes tous différents les uns des autres ; mais nous avons tous quelque chose de semblable aussi, et c’est cela qu’il faut chercher pour pouvoir se reconnaître en l’autre et dialoguer avec lui. Alors nos différences, au lieu de nous séparer, deviendront complémentarité et source d’enrichissement mutuel. De même que la beauté d’un tapis tient à la variété de ses couleurs, la diversité des hommes, des cultures et des civilisations fait la beauté et la richesse du monde. Combien ennuyeux et monotone serait un monde uniforme où tous les hommes, calqués sur un même modèle, penseraient et vivraient de la même façon ! N’ayant plus rien à découvrir chez les autres, comment s’enrichirait-on soi-même ?

À notre époque si grosse de menaces de toutes sortes, les hommes doivent mettre l’accent non plus sur ce qui les sépare, mais sur ce qu’ils ont de commun, dans le respect de l’identité de chacun. La rencontre et l’écoute de l’autre est toujours plus enrichissante, même pour l’épanouissement de sa propre identité, que les conflits ou les discussions stériles pour imposer son propre point de vue. Un vieux maître d’Afrique disait : il y a « ma » vérité et « ta » vérité, qui ne se rencontreront jamais. « LA » Vérité se trouve au milieu. Pour s’en approcher, chacun doit se dégager un peu de « sa » vérité pour faire un pas vers l’autre…

Jeunes gens, derniers-nés du vingtième siècle, vous vivez à une époque à la fois effrayante par les menaces qu’elle fait peser sur l’humanité et passionnante par les possibilités qu’elle ouvre dans le domaine des connaissances et de la communication entre les hommes. La génération du vingt et unième siècle connaîtra une fantastique rencontre de races et d’idées. Selon la façon dont elle assimilera ce phénomène, elle assurera sa survie ou provoquera sa destruction par des conflits meurtriers. Dans ce monde moderne, personne ne peut plus se réfugier dans sa tour d’ivoire. Tous les États, qu’ils soient forts ou faibles, riches ou pauvres, sont désormais interdépendants, ne serait-ce que sur le plan économique ou face aux dangers d’une guerre internationale. Qu’ils le veuillent ou non, les hommes sont embarqués sur un même radeau : qu’un ouragan se lève, et tout le monde sera menacé à la fois. Ne vaut-il pas mieux essayer de se comprendre et de s’entraider mutuellement avant qu’il ne soit trop tard ?

L’interdépendance même des États impose une complémentarité indispensable des hommes et des cultures. De nos jours, l’humanité est comme une grande usine où l’on travaille à la chaîne : chaque pièce, petite ou grande, a un rôle défini à jouer qui peut conditionner la bonne marche de toute l’usine.

Actuellement, en règle générale, les blocs d’intérêt s’affrontent et se déchirent. Il vous appartiendra peut-être, ô jeunes gens, de faire émerger peu à peu un nouvel état d’esprit, davantage orienté vers la complémentarité et la solidarité, tant individuelle qu’internationale. Ce sera la condition de la paix, sans laquelle il ne saurait y avoir de développement.

La civilisation traditionnelle (je parle surtout de l’Afrique de la savane au sud du Sahara, que je connais plus particulièrement) était avant tout une civilisation de responsabilité et de solidarité à tous les niveaux. En aucun cas un homme, quel qu’il soit, n’était isolé. Jamais on n’aurait laissé une femme, un enfant, un malade ou un vieillard vivre en marge de la société, comme une pièce détachée. On lui trouvait toujours une place au sein de la grande famille africaine, où même l’étranger de passage trouvait gîte et nourriture. L’esprit communautaire et le sens du partage présidaient à tous les rapports humains. Le plat de riz, si modeste fût-il, était ouvert à tous.

L’homme s’identifiait à sa parole, qui était sacrée. Le plus souvent, les conflits se réglaient pacifiquement grâce à la « palabre » : « Se réunir pour discuter, dit l’adage, c’est mettre tout le monde à l’aise et éviter la discorde ». Les vieux, arbitres respectés, veillaient au maintien de la paix dans le village. « Paix ! », « La paix seulement ! », sont les formules-clé de toutes les salutations rituelles africaines. L’un des grands objectifs des initiations et des religions traditionnelles était l’acquisition, par chaque individu, d’une totale maîtrise de soi et d’une paix intérieure sans laquelle il ne saurait y avoir de paix extérieure. C’est dans la paix et dans la paix seulement que l’homme peut construire et développer la société, alors que la guerre ruine en quelques jours ce que l’on a mis des siècles à bâtir !

L’homme était également considéré comme responsable de l’équilibre du monde naturel environnant. Il lui était interdit de couper un arbre sans raison, de tuer un animal sans motif valable. La terre n’était pas sa propriété, mais un dépôt sacré confié par le Créateur et dont il n’était que le gérant. Voilà une notion qui prend aujourd’hui toute sa signification si l’on songe à la légèreté avec laquelle les hommes de notre temps épuisent les richesses de la planète et détruisent ses équilibres naturels.

Certes, comme toute société humaine, la société africaine avait aussi ses tares, ses excès et ses faiblesses. C’est à vous, jeunes gens et jeunes filles, adultes de demain, qu’il appartiendra de laisser disparaître d’elles-mêmes les coutumes abusives, tout en sachant préserver les valeurs traditionnelles positives. La vie humaine est comme un grand arbre et chaque génération est comme un jardinier. Le bon jardinier n’est pas celui qui déracine, mais celui qui, le moment venu, sait élaguer les branches mortes et, au besoin, procéder judicieusement à des greffes utiles. Couper le tronc serait se suicider, renoncer à sa personnalité propre pour endosser artificiellement celle des autres, sans y parvenir jamais tout à fait. Là encore, souvenons-nous de l’adage : « Le morceau de bois a beaucoup séjourné dans l’eau, il flottera peut-être, mais jamais il ne deviendra caïman ! »

Soyez, jeunes gens, ce bon jardinier qui sait que, pour croître en hauteur et étendre ses branches dans toutes les directions de l’espace, un arbre a besoin de profondes et puissantes racines. Ainsi, bien enracinés en vous-mêmes, vous pourrez sans crainte et sans dommage vous ouvrir vers l’extérieur, à la fois pour donner et pour recevoir.

Pour ce vaste travail, deux outils vous sont indispensables : tout d’abord, l’approfondissement et la préservation de vos langues maternelles, véhicules irremplaçables de nos cultures spécifiques ; ensuite, la parfaite connaissance de la langue héritée de la colonisation (pour nous la langue française), tout aussi irremplaçable, non seulement pour permettre aux différentes ethnies africaines de communiquer entre elles et de mieux se connaître, mais aussi pour nous ouvrir sur l’extérieur et nous permettre de dialoguer avec les cultures du monde entier.

Jeunes gens d’Afrique et du monde, le destin a voulu qu’en cette fin du vingtième siècle, à l’aube d’une ère nouvelle, vous soyez comme un pont jeté entre deux mondes : celui du passé, où de vieilles civilisations n’aspirent qu’à vous léguer leurs trésors avant de disparaître, et celui de l’avenir, plein d’incertitudes et de difficultés, certes, mais riche aussi d’aventures nouvelles et d’expériences passionnantes. Il vous appartient de relever le défi et de faire en sorte qu’il y ait, non-rupture mutilante, mais continuation sereine et fécondation d’une époque par l’autre.

Dans les tourbillons qui vous emporteront, souvenez-vous de nos vieilles valeurs de communauté, de solidarité et de partage. Et si vous avez la chance d’avoir un plat de riz, ne le mangez pas tout seuls. Si des conflits vous menacent, souvenez-vous des vertus du dialogue et de la palabre !

Et lorsque vous voudrez vous employer, au lieu de consacrer toutes vos énergies à des travaux stériles et improductifs, pensez à revenir vers notre Mère la Terre, notre seule vraie richesse, et donnez-lui tous vos soins afin que l’on puisse en tirer de quoi nourrir tous les hommes. Bref, soyez au service de la Vie, sous tous ses aspects !

Certains d’entre vous diront peut-être: « C’est trop nous demander ! Une telle tâche nous dépasse ! ». Permettez au vieil homme que je suis de vous confier un secret : de même qu’il n’y a pas de « petit » incendie (tout dépend de la nature du combustible rencontré), il n’y a pas de petit effort. Tout effort compte, et l’on ne sait jamais, au départ, de quelle action apparemment modeste sortira l’événement qui changera la face des choses. N’oubliez pas que le roi des arbres de la savane, le puissant et majestueux baobab, sort d’une graine qui, au départ, n’est pas plus grosse qu’un tout petit grain de café…

Cette lettre a longtemps été pour moi une sorte de manifeste. Je la relis régulièrement. J’espère que vous l’apprécierez également.

Pour aller plus loin :

Un livre : Amkoullel, l’enfant peul 

Un reportage : Un certain regard – Amadou Hampate Ba (Documentaire, 1969)

À la prochaine,

Kiyani


[1] Le Monde – Le sage qui murmurait à l’oreille des jeunes africains.

Le future du Big Data

Ceci n’est pas un article.

Facebook will collapse. Why? Because people start to really care about their data. 

Pas tout le groupe, parce qu’il s’agit tout de même d’un groupe possédant des branches dans diverses industries, allant de la télécommunication à la réalité virtuelle. Mais, je pense que le réseau social est amené à disparaître d’ici 10 ans.

Les scandales de Cambridge Analytica et le fait que la population commence à prendre conscience avec l’avènement de l’intelligence artificielle de l’importance de leurs données va sans doute amener dans les prochaines années l’émergence de services sur mesure permettant de décider à qui on fournit nos données.

Il est dérangeant de savoir que Facebook en sait autant sur nous et tout ça juste pour nous offrir des publicités soi-disant adaptées et manipuler notre humeur. Par contre, je n’aurai pas autant de problèmes à fournir mes données à une compagnie comme iCarbonX si cela peut améliorer ma santé.

Certaines personnes ont déjà commencé tout un mouvement permettant de préserver leurs identités en ligne. Si vous avez du temps, je vous invite à lire cet article très complet qui explique comment vous pouvez reprendre le contrôle de votre vie digitale. Ça fait un peu Sheldon Cooper mais il s’agit d’une tendance qui ne peut être ignorée.

L’underground de la SV parie en ce moment sur la startup Island. Ils ne fonctionnent que dans des villes américaines pour le moment mais on les garde à l’oeil.

Whatsapp par contre n’a pas encore déployé son véritable potentiel à mon avis. D’ailleurs, l’app a le potentiel de devenir un excellent CRM en particulier pour les pays en développement.

Thank you for coming to my TED Talk.

giphy

 

Expérimentation 001: Grossesses précoces en CI, Chatbot & EdTech

Il y a quelques semaines, une amie avait partagé un article alarmant sur le nombre de grossesses précoces en milieu scolaire. Le ministère de l’Éducation nationale ivoirien a révélé que plus de 4 000 cas de grossesses précoces en milieu scolaire ont été enregistrés en 2017 en Côte d’Ivoire. Il déplore un “fléau préoccupant et persistant”.

Petite confession ; 

Lorsque j’ai lu cet article, mon cerveau a comme à son habitude démarré au quart de tour afin de trouver une solution.

Sans faire aucune recherche, ma première réponse à ce problème a été que la raison derrière ce nombre alarmant de grossesses involontaires chez nos petites-soeurs/frères vient du manque d’éducation sexuelle.

S’ils étaient mieux informés, logiquement, le problème serait partiellement résolu.

En plus, j’aime créer des chatbots dans mon temps libre.

1+1=2.

Une heure plus tard, j’avais conçu Sarah.

Sarah est un chatbot ayant pour cible les jeunes ivoirien(e)s entre 9 et 18 ans. Elle est créée à l’intérieur de messenger et permet d’informer de manière ludique les jeunes sur leurs relations avec le sexe opposé.

J’ai créé une simulation que vous pouvez visualiser ci-dessous ou ici afin de démontrer comment elle fonctionne.

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Les informations et chiffres fournis ici sont purement à titre indicatifs.

Vous en pensez quoi ? Perso, pour moi ça ressemble à à peu près 2 heures de ma vie que j’ai gâchée. Et je m’en suis seulement rendu compte 20 minutes après avoir commencé à écrire cet article.

Erreur 001 : Vouloir créer des solutions à des problèmes fondés sur mes propres idées reçues.

Avant de commencer à construire une solution, il faut :

  1. Rechercher les causes derrière le problème
  2. Évaluer les solutions déjà existantes, si possible discuter avec les personnes qui vivent ce problème
  3. Brainstormer afin de trouver une solution adéquate à la situation.

Je n’ai pas fait cela avant de concevoir Sarah. Elle est une solution créée avant d’avoir identifié un besoin.

Reprenons donc ensemble depuis le début.

Étape 1. Identifier les causes.

Notre réflexion se base donc sur une étude menée en mai 2001 dans 13 établissements de la ville d’Abidjan face aux connaissances, attitudes et pratiques des collégiens et lycéens d’Abidjan face au VIH/SIDA. Pour enrichir notre réflexion, j’ai également consulté deux autres rapports; La sexualité de l’adolescent à Brazzaville, Congo (1) et Enfants d’aujourd’hui, diversité des contextes, pluralité des parcours (2).

Si vous avez eu la flemme de lire les articles ci-dessus, j’ai fait un infogram résumant les chiffres clés :

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Je retiens que la moitié des étudiants interviewés considèrent que les formations qu’ils ont reçues étaient insuffisantes. N’ayant pas l’opportunité d’interviewer moi-même un groupe de collégien j’ai néanmoins posé quelques questions à mon petit-frère. Il trouve également qu’excepté le SIDA on ne lui a pas véritablement parlé des autres MST qu’il peut attraper lors de relations sexuelles. Et il avait une idée assez vague des contraceptions féminines.

En 2018, l’état ivoirien a rédigé un programme national de l’éducation sexuelle complète (2016-2020) dont le problème prioritaire était, je cite, “[l’a]bsence d’un leadership engagé en faveur de l’éducation sexuelle complète des jeunes”

Les adolescent(e)s et les jeunes sont confrontés à un déficit ou à une pluralité d’informations en matière de sexualité. Au niveau des acteurs, il ressort une insuffisance en matière de formation et de préparation des adolescent (e)s et des jeunes à l’éducation sexuelle complète et une absence de coordination, de suivi, de contrôle dans la mise en œuvre des programmes scolaires et extrascolaires.

Au vu de ces différentes recherches, je peux donc sans trop m’avancer affirmer qu’il existe un important besoin d’informations sur ce sujet pour les jeunes.

Étape 2. Analyser les solutions existantes.

L’idéal encore une fois aurait été de poser la question à un groupe de lycéennes afin de savoir quelles solutions elles utilisent, mais à défaut, je vais créer un persona. Un persona est une méthode marketing durant laquelle vous créez un personnage imaginaire ayant des caractéristiques aussi précises que possible. Votre persona représente un membre de votre clientèle. Vous voulez savoir qui est cette personne, ce qu’elle valorise et comment lui parler.

Jouez le jeu avec moi.

Notre persona va s’appeler, Arielle. Arielle étudie au collège Catholique Saint-Viateur. Sa mère et son père sont tous deux fonctionnaires. Elle a deux soeurs et un petit-frère. Notre go Arielle a une meilleure amie, Salie avec qui elle partage tout. Mais voilà, depuis quelques mois Arielle sort avec un jeune homme un peu plus âgé qu’elle. Appelons-le … Kevin. Kevin est en première année en médecine. Après un an et quelques mois de relation avec Arielle, il souhaiterait passer à la prochaine étape physiquement.

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La go Arielle (Crédit: série teenagers)

 

C’est la première fois que young Arielle se retrouve dans une telle situation. Elle a déjà eu des formations d’éducations sexuelles à l’école, mais elle avait passé la séance à rire aux blagues de Pierre-Henri, le clown de la classe assis juste derrière elle.

Q1 : Maintenant qu’elle a des questions à votre avis, vers qui se tournera-t-elle en premiers selon vous ?

A – Sa meilleure amie qui a plus d’expérience qu’elle

B- Sa mère

C- Une de ces enseignantes

D- Internet

Q2 : Et si elle souhaite par précaution acheter des médicaments contraceptifs. À quel point sera-t-elle à l’aise à se rendre à la pharmacie ?

A- Très à l’aise

B- Moyennement à l’aise

C- Pas du tout à l’aise

Réponses:

Q1 ; Première source d’information 

A – Sa meilleure amie. Pour citer les mots de son Excellence Madame Michelle Obama Première du Nom, Représentante de la Nation,

“I try to tell Sasha and Malia, do not go to other 14-year-olds for information, ‘cause all you all are dumb. Come talk to me.

Salie, l’amie d’Arielle est probablement aussi mal informée qu’elle. Et généralement, il vaut mieux chercher à prendre des conseils des personnes plus âgées. Une grande cousine par exemple.

B – Sa mère. Il est peu commun sous nos contrées que les enfants arrivent à parler de ce type de sujets à coeurs ouverts avec les parents malheureseument, donc je doute que ce soit une solution de choix pour 80% des jeunes ivoiriens.

C- Un enseignant. Personnellement, en dehors des salles de cours je ne parlais pas particulièrement avec mes enseignants.

D- Internet. Ma source de réponse numéro Unoo. J’ai essayé de voir où les jeunes peuvent trouver des réponses concernant leurs problèmes sexuels. Tout d’abord, Facebook. J’y ai lu plusieurs témoignages parmi lesquelles les jeunes se plaignaient des remarques désagréables que les vendeuses/eurs à la pharmacie leurs servent lorsqu’ils cherchent à acheter des contraceptifs. Et par ailleurs, j’ai essayé de visiter le site du “Programme national de santé de la reproduction/planning familial”. Excepté un numéro de fixe, je n’ai pas trouvé de site web sur lequel Arielle aurait pu trouver des solutions pour se rassurer.

Q2 : Et si elle souhaite par précaution acheter des médicaments contraceptifs. À quel point sera-t-elle à l’aise à se rendre à la pharmacie ?

D’après les témoignages vus sur le Net, la réponse à mon avis est la B.

Étape 3. Réanalyser Sarah Bot

Au vu de ces quelques recherches, je peux à présent plus ou moins savoir si la solution que je propose est un minimum pertinente.

Ma solution répond-elle à un problème identifié ? Oui.

Lequel ? Le manque de source d’information fiable pour l’éducation sexuelle des jeunes ivoiriens.

En quoi cette solution peut être utile ? Le chatbot est confidentiel donc les jeunes peuvent obtenir des réponses et ainsi réduire le facteur “soyance”(3) de poser des questions à la pharmacie. Le chatbot est construit à l’intérieur de messenger, une application qui leur est familière. J’ai choisi messenger car l’application peut être utilisé même sans data si vous avez un compte MTN.

En conclusion, ma solution était donc relativement cohérente dès le départ. Cela peut se justifier par le fait que j’ai moi-même grandi en Côte d’Ivoire je peux donc comprendre comment ces jeunes réfléchissent. Mais l’analyse empirique que nous venons de réaliser a été utile car elle a permi de confirmer que mon expérience n’était pas une exception.

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Sarah la grandot du quartier. Sarah c’est la vieille mère au quartier qui après t’avoir insulté et envoyé à la boutique, te donne 500fr pour payer ton alloco de 17h.

 

Tout ceci reste très théorique. Je trouverais ça intéressant de tester sur 1 à 2 mois Sarah avec une vingtaine de jeunes entre 13 et 19 ans. Si vous êtes intéressé ou connaissez des jeunes qui peuvent l’être, n’hésitez pas à me faire signe.

Voilà, ceci clôt l’expérimentation 001. Faites-moi savoir si vous avez trouvé cela intéressant et voudriez que j’en fasse plus ==> ICIIII.

Merci d’avoir lu cet article et à bientôt.

Kiyani.

Pour aller plus loin :

Comment construire un persona : The Complete, Actionable Guide to Marketing Personas


(1) On peut poser comme hypothèse que la différence entre les jeunes brazzavilois et les jeunes ivoiriens est négligeable.

(2) Ce livre sorti en 2002 à l’issu d’un colloque international à Dakar. Je n’ai lu que le chapitre sur “L’avortement en Afrique: une pratique fréquente chez les adolescents”.

(3) La soyance, mot tiré du verbe soier, est un terme ivoirien décrivant une situation embarrassante

Crédits : Merci à O’Plérou pour les emojis africains utilisés dans le prototype de Sarah-Bot, à Isabelle pour l’inspiration, et Habib, Cassandra, Cynthia et Mikail pour m’avoir relu.

Photo de couverture by Doug Linstedt on Unsplash.

Tech Food #2

Bonjour,

Akwaba to this week’s Tech Food.

Ces deux dernières semaines, je réfléchis beaucoup au principe de communauté.

Je me rappelle encore de ma joie lorsqu’en 2007-2008 mes parents ont eu la gentillesse d’installer internet à la maison. C’était les débuts de MSN, Facebook et Twitter. Pour la première fois, le monde entier s’ouvrait à moi. Internet est une ressource infinie de connaissances, avec des milliards de pages sur chaque sujet imaginable. Mais je n’étais qu’une adolescente et loin de passer mes journées sur Wikipédia tout ce qui m’intéressait était de pouvoir me connecter avec mes amis. Grâce à internet, j’ai découvert sur twitter que la fille populaire de mon lycée partageait les mêmes préoccupations que moi, j’ai débattu sur des forums à propos d’Harry Potter et j’ai découvert de nouveaux romans grâce à des listes de recommandations.

Lorsqu’une décennie plus tard j’ai commencé à m’intéresser à l’univers des start-ups, quelle ne fut ma joie la première fois que je suis tombé sur Product Hunt ! Tous les jours, je m’y rendais afin de découvrir de nouveaux produits et je pouvais directement discuter avec les développeurs afin de mieux comprendre leurs processus de créations. Et en dehors de Product hunt, je sais que je peux me tourner vers reddit, quora, ou la communauté de github si j’ai des questions de programmation, sur les startups ou si je veux juste gossiper sur Amazon.

Mais lorsque je veux parler de startups africaines, de l’actualité Tech, et des conditions spécifiques qui font que bons nombres de conseils que l’on retrouve sur le Web ne peuvent s’appliquer à une start-up opérant sur notre continent où est-ce que je peux aller ? Il existe une fracture impressionnante entre l’Afrique de l’Ouest, de l’Est et du Sud. Il y a un manque de communication entre les membres de l’écosystème africain. J’aimerais savoir où je peux aller si je veux échanger avec une start-up en agritech opérant au Kenya. Comment savoir qui fait quoi, qui travaille sur quoi, qui est où, quoi où est ?

Chaque projet commence par une inspiration, en partageant nos idées et en travaillant ensemble afin de résoudre des challenges que nous partageons, nous encourageons les autres à se joindre à nous, et à innover de leurs côtés afin de résoudre des problèmes plus grands que notre simple existence.

Donc parfois je m’assois et je réfléchis. Comment pouvons-nous remédier à ce problème de communication ?

Est-ce qu’une solution pourrait être de créer une place en ligne pour nous permettre d’échanger des idées, afin de satisfaire la curiosité intellectuelle – ou plus en particulier, la curiosité intellectuelle des entrepreneurs Tech africains qui sont intéressés par tout ? Cette place pourrait inclure tout ce qui est en lien avec l’informatique et les startups, mais aussi bien d’autres choses: la science, l’art, la littérature, l’histoire. Mais n’est-ce pas une hérésie de vouloir créer un “ghetto africain” sur internet en 2018 alors que rien ne nous empêche d’ouvrir des forums sur des plateformes déjà existantes ? Je ne sais pas quelle est la réponse. Je réfléchis. Si vous avez des idées, n’hésitez pas à m’écrire en privé afin qu’on en discute.

En attendant, je tenais à applaudir le groupe VC4A (Venture Capital 4 Africa) pour leur start-up academy. La start-up academy est un ensemble de cours en ligne destinés aux start-ups africaines. Les cours ont été faits à partir des conseils de 35 experts actifs dans l’écosystème émergeant des start-ups africaines. Ils offrent présentement trois modules : démarrez votre entreprise, développez votre entreprise et  financer votre entreprise. Et cerise sur le gâteau, les cours sont traduits en français, anglais, arabe et somalien.

 


Ce que je lis/regarde :

+ The Everything Store: Jeff Bezos and the Age of Amazon(1) — Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, a accordé cette semaine une interview d’une heure à “The Economic Club Of Washington” sur la chaîne CNBC et qui, heureusement pour nous, était retransmis en direct sur YouTube. J’avais lu “The everything store” au début de cette année, et l’avait trouvé très intéressant.  Si vous souhaitez mieux comprendre comment Amazon a réussi à devenir l’une des rares compagnies ayant une capitalisation boursière de 1 billion de dollars ou simplement mieux comprendre la philosophie entrepreneuriale de Jeff Bezos, je vous le conseille fortement.

Mais en attendant de vous plongez dans ce livre, vous pouvez commencer par regarder l’interview sortie cette semaine qui reprend certains points abordés dans le livre, comme entre autres, la raison pour laquelle Amazon a commencé par vendre des livres et pourquoi ils se décrivent comme une compagnie “customers-centric”. Mais en plus de cela, au cours de cette interview Jeff Bezos partage avec nous sa vision du future, de la colonisation de Mars, et ses  projets philanthropiques.

Interview à regarder ici.


Découverte de la semaine :

Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de trouver ça pénible de naviguer dans l’historique de vos opérations Orange Money ? Si oui, alors je vous invite à jeter un coup d’oeil à l’application Kobiri.

Il y a un an Souleymane Sidibe, un jeune sénégalais, était exaspéré par le système USSD proposé par Orange qui ne lui permettait pas de pouvoir retracer plus de 5 opérations (voir photo ci-dessous). Après avoir exprimé sa frustration sur Twitter il s’est rendu compte qu’il n’était pas le seul dans ce cas. Pour le fun, je cite, il a décidé de travailler à résoudre ce problème. Après plusieurs tests, il a dévoilé il y a quelques jours l’application Kobiri qui va plus loin qu’une application Orange Money (voir la deuxième photo ci-dessous).

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Solution proposée par Orange Money

Capture d’écran 2018-09-15 à 11.17.09.png
Solution proposée par Kolibri

 

L’application est présentement disponible sur l’app store uniquement pour Android, mais on espère que la version iOS ne saurait tarder. Il recherche visiblement à entrer en contact avec Orange Sénégal. Si vous avez des connexions, n’hésitez pas à le contacter.


Réflexion pour ce week-end :

Cette semaine le blog du disrupteur, un site dédié à la communication, au marketing, à l’entrepreneuriat et aux start-ups africaines à publier une étude de cas sur la start-up Kusoma Group.

Lorsque j’ai tout d’abord vu l’article, j’ai été ravie de voir que des personnes se mobilisent afin d’effectuer des analyses profondes sur des start-ups africaines. L’article est argumenté, et les thèmes techniques utilisés sont explicités. En toute honnêteté, l’article est instructif. Il soulève des points pertinents même si certaines conclusions sont, à mon avis, tirées assez hâtivement.  Par contre, au cours de ma lecture j’ai trouvé le style de l’auteur pour le moins particulier. Plutôt que d’être présenté comme une simple étude de cas, le titre de l’article est “Pourquoi Kusoma Group est en train d’échouer”, et le ton de l’article continue de descendre dans ce sens.

L’écosystème des start-ups africaines est encore très jeune, en plein développement et très petit. Plus qu’autre chose, nous nous devons d’être honnêtes et supportifs les uns envers les autres. Si les faits importent, le choix des mots n’est pas à négliger.

Pour illustrer ma réflexion de ce week-end, je souhaite clôre cet article par un extrait de “The Everything Store” dans lequel Jeff Bezos partage avec nous une précieuse leçon que son grand-père lui a enseignée. 

Bezos’s grandparents taught him a lesson in compassion … On a road trip, when Bezos was ten and passing time in the back seat of the car, he took some mortality statistics he had heard on an antismoking public service announcement and calculated that his grandmother’s smoking habit would take nine years off her life. When he poked his head into the front seat to matter-of-factly inform her of this, she burst into tears, and Pop Gise pulled over and stopped the car.

Bezos décrit ensuite ce qui s’est passé dans son discours à Princeton:

He got out of the car and came around and opened my door and waited for me to follow. Was I in trouble? My grandfather was a highly intelligent, quiet man. He had never said a harsh world to me, and maybe this was to be the first time? Or maybe he would ask that I get back in the car and apologize to my grandmother. I had no experience in this realm with my grandparents and no way to gauge what the consequences might be. We stopped beside the trailer. My grandfather looked at me, and after a bit of silence, he gently and calmly said, “Jeff, one day you’ll understand that it’s harder to be kind than clever.

Bonne semaine à tous et à toutes,

Kiyani


(1) En cliquant sur le lien, vous pouvez obtenir le pdf du livre, gratuitement. Mais je vous conseille tout de même d’acheter le livre si vous trouvez les premiers chapitres intéressants. Sinon, ça devient de la piraterie.

Crédit : Merci à Cassa et Mykaïl pour m’avoir relu.

Photo de couverture by Gades Photography on Unsplash.

 

Tech Food #1

Bonjour,

Akwaba to this week’s Tech Food.

Cette semaine a été riche en bonnes nouvelles pour l’écosystème Tech africain. En effet, trois start-ups opérant dans la Fintech ont chacune reçu des investissements de plus de $8M d’importants fonds d’investissement internationaux. Certaines voix se sont levées afin de dénoncer le fait qu’une fois de plus, les start-ups fondées par des Africains expatriés ont plus facilement accès aux financements externes que celles fondées par des locaux. Leurs observations sont fondées. C’est vrai qu’il est naturellement plus facile pour des investisseurs de faire confiance à des founders qui ont un background proche du leurs. Fait est qu’investir dans une start-up en lancement est un investissement à haut risque, en particulier dans des pays en développant où les entrepreneurs doivent faire face à des problèmes hors de leurs contrôles — comme l’instabilité politique pour n’en citer qu’un. Pour cela, les investisseurs doivent apporter plus d’importance sur les compétences de l’équipe et pour cela ils vont chercher tout signe de succès dans votre parcours ; votre GPA, les universités fréquentées, projets réalisés, compétitions remportées et se renseigné auprès de leurs entourages sur vous. Et naturellement, ils accorderont plus de poids à une personne ayant fait Harvard ou Stanford que l’INPHB qui bien qu’étant reconnu comme une excellente école en Côte d’Ivoire ne l’est pas à l’international.

Cette inégalité ne pourra être comblée que si nous arrivons à créer de plus fortes compagnies. Plus nous aurons des startups générants des revenus, plus les investisseurs auront confiance en nos Tech hubs et plus ils investisseront dans les compagnies “locales” et non “non locales”. Le fait qu’une compagnie arrive à attirer de gros investisseurs dans nos pays revient à ouvrir une porte pour plus d’investissement, mais surtout à encourager les investisseurs locaux à se lancer dans l’arène qui seront meilleurs à évaluer les compétences des entrepreneurs locaux.

Nous nous devons donc de nous supporter et encourager les uns les autres. Lorsqu’une start-up arrive à fermer une série A ou B c’est une victoire pour tous.

Félicitation donc aux équipes de Paystack pour leurs levés de $8M, à Paga pour leurs $10M et enfin à Yoco pour leurs $16M !


Ce que je lis :

Start-Up nation : The Story’s of Israel’s Economic Miracle — Recommandé par Monsieur Strive Masiyiwa ce livre est sans doute un de mes business book préféré de cette année. On y apprend beaucoup sur l’ascension d’Israël, une petite nation – ils ne sont pas plus de 10 millions d’habitants – de 70 ans qui est aujourd’hui devenue l’un des meilleurs Tech Hub au monde. Loin des clichés que l’on peut avoir sur le peuple juif, l’auteur nous explique qu’Israël représente la plus grande concentration d’innovation et d’entrepreneuriat dans le monde aujourd’hui. Ce livre tente d’expliquer ce phénomène. Vous allez rire face au culot des entrepreneurs israéliens, réfléchir face à leur culture antihiérachirque et apprendre tout au long comment ils réussissent à se faire reconnaître sur la scène internationale malgré les conditions sociopolitiques qui jouent contre eux.


Découverte de la semaine :

+ L’université virtuelle de Côte d’Ivoire  (UVCI)—  Plus tôt cette semaine les internautes ivoiriens s’indignaient face à un communiqué du ministère de l’Éducation. En effet, désormais selon les nouvelles modalités de passage en classe supérieure au primaire CP1, CE1 et CM1 et au secondaire, les élèves passent automatiquement en classe supérieure. Et en ce qui concerne les classes de CP2 et CE2, l’élève passe en classe supérieure si sa moyenne générale annuelle est supérieure ou égale à 8/20. En traduction, les élèves n’ayant pas acquis les connaissances sont quand même récompensés et accumuleront leurs lacunes classes après classe. Autre traduction, notre système éducatif encourage la médiocrité.

Dans les économies actuelles fondées sur la connaissance, l’accès à une éducation de qualité et les chances de développement sont les deux faces d’une même pièce. Je ne suis pas enseignante, mais j’aime à croire que je suis une personne relativement pragmatique. Je suis consciente qu’il est difficile de changer un système éducatif, surtout à cause des coûts financiers et structurels mais les populations ivoiriennes et africaines en général manque de compétences techniques. Je pense que les MOOCs sont une stratégie intéressante pour combler ces lacunes. J’étais donc agréablement surprise lorsqu’il y a quelques jours j’ai découvert l’université virtuelle de Côte d’Ivoire, une initiative mise en œuvre par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique qui vise au développement du numérique éducatif.  L’UVCI propose une licence informatique & science du numérique avec 6 spécialités et d’après leur site web, recense 6261 étudiants.

Je n’ai pas pu trouver beaucoup d’informations sur le programme en lui-même et ces coûts. Quels sont les frais de la licence ? Et combien de projets pratiques les étudiants doivent-ils remplir durant leurs parcours ?

En ce qui concerne les frais de scolarité, un modèle que je trouve personnellement intéressant est celui de la Lambda School qui forme les gens à devenir des ingénieurs logiciels sans coût initial. Au lieu de payer les frais de scolarité, les étudiants peuvent accepter de payer un pourcentage de leur revenu après leur emploi, et seulement s’ils gagnent plus de 50 000 dollars par an. Si vous ne trouvez pas d’emploi ou n’atteignez pas ce niveau de revenu, vous ne paierez jamais un centime. Et pour ce qui est de s’assurer de la qualité du MOOC et de l’employabilité des diplômés ont peut difficilement faire mieux que nos confrères nigérians de chez Andela qui forme des ingénieurs logiciels qui s’entraînent pendant trois mois à résoudre des cas réels en entreprises sur quatre fuseaux horaires différents. 

Quoiqu’il en soit l’UVCI est une belle initiative qui demande à être suivie de près avant de porter un jugement.


4 articles pour ce week-end :

1. The problem with simply growing more tech hubs in Africa— “We need to find a solution to the private sector getting involved in R&D to fuel innovation that then creates trust in startup companies for local funds to invest in them and create local wealth.”

2. South Africa, the most robust and developed Tech Hub on the continent — “South Africa has the most mature startup ecosystem in Africa, with a small but established venture capital industry, government investing in innovation for the past two decades, the oldest incubator in Africa (the Bandwidth Barn operated by the Cape Innovation and Technology Initiative (CITI) since 2000), and a growing pool of entrepreneurs and success stories.”

3. Purchasing Patterns in the Informal Economy — “When cash flow is irregular and not always unpredictable, both in amount and frequency, such as it is for the majority earning a living in the informal economy, buyer behavior is not quite the same as for mainstream consumers with access to credit cards and regular paychecks.”

4. Why Africa may be the secret to advancing human potential — “The Internet is the global equalizer. It has fundamentally changed how knowledge is shared and opportunities are accessed. With a connected device and a desire to learn, anyone can tap into the knowledge, experience and insights from the world’s greatest minds and communities, irrespective of where they are.”

Une citation à laquelle je pense — “Rendez le bien pour le bien et la justice pour le mal” — Confucius 

 


Crédits :

Farnam Street pour l’inspiration.

Merci à Mykaïl et Thierri pour m’avoir relu.

Photo de couverture by Goran Ivos on Unsplash